Ottawa consacre 32 milliards $ pour les infrastructures des Premières Nations
La chef nationale des Premières Nations, Cindy Woodhouse Nepinak, observe le premier ministre Mark Carney s'adresser aux médias après la réunion des Premières Nations et des premiers ministres à Ottawa, le lundi 26 octobre 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld Le nouveau budget fédéral prévoit 32 milliards $ sur dix ans pour réparer, remplacer et construire des infrastructures destinées aux Premières Nations — même si l’Assemblée des Premières Nations estime que ces travaux nécessiteront des moyens supplémentaires.
Le budget fédéral publié jeudi est largement axé sur le renforcement de l’économie canadienne. Le gouvernement affirme que le financement des infrastructures des Premières Nations rendra les services essentiels plus fiables et aidera les communautés à retenir les travailleurs qualifiés.
«Bâtir un Canada fort et uni signifie également poursuivre l’important travail de réconciliation», a déclaré le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, dans un discours préparé.
«Cela signifie veiller à ce que les communautés autochtones disposent des mêmes fondements dont toute communauté a besoin pour prospérer : des logements sûrs, de l’eau potable, de bonnes écoles, des infrastructures fiables, des services de police stables et adaptés à leur culture, ainsi que la capacité de façonner leur propre avenir», a-t-il ajouté.
Il existe un profond déficit en matière d’infrastructures entre les communautés des Premières Nations et le reste du Canada. L’Assemblée des Premières Nations et le Conference Board du Canada estiment qu’il faudrait environ 375 milliards $ pour le combler.
De nombreuses communautés des Premières Nations souffrent d’un manque de routes, d’écoles et de logements modernes, d’une mauvaise connexion Internet et d’usines de traitement des eaux défaillantes.
Le budget fédéral prévoit 11 milliards $ sur dix ans pour l’entretien, la rénovation et la construction de logements destinés aux Premières Nations, ainsi que 18,5 milliards $ pour la construction de routes, de ponts et d’écoles. Le budget consacre également 5,8 milliards $ sur cinq ans à l’enseignement primaire et secondaire des Premières Nations.
Des investissements ciblés réclamés
La chef nationale de l’Assemblée des Premières Nations, Cindy Woodhouse Nepinak, a assuré que le fossé entre les Premières Nations et le reste du pays ne ferait que se creuser sans investissements ciblés.
Le budget prévoit également 4,6 milliards $ alloués par la ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, pour l’accès à l’eau potable dans les communautés des Premières Nations, dans le cadre du projet de loi sur l’eau potable des Premières Nations.
«Bien que nous ayons réalisé des progrès ensemble au cours de la dernière décennie, des inégalités discriminatoires continuent d’empêcher les Premières Nations et ce pays d’atteindre leur plein potentiel», a déclaré Mme Woodhouse Nepinak mardi, avant la présentation du budget.
Le budget prévoit également 2,9 milliards $ sur trois ans pour les prestations de santé non assurées, un programme des Services aux Autochtones.
Ce programme fait l’objet de vives critiques de la part des chefs depuis qu’une femme de la Première Nation de Fort Severn est décédée en septembre, les Services aux Autochtones n’ayant pas organisé son transport médical après une opération cardiaque.
Après le décès de Miranda Mamakwa, plus d’une douzaine de Premières Nations et de conseils tribaux ont déposé une plainte relative aux droits de la personne, alléguant une négligence généralisée des besoins de leurs communautés en matière de santé.
Les chefs ont exigé une réforme du programme des prestations de santé non assurées et ont demandé à la police provinciale de l’Ontario d’enquêter sur le décès de Mme Mamakwa.
Le budget prévoit également 290 millions $ sur quatre ans pour renouveler le financement des agents de santé publique et des initiatives dans les communautés autochtones.
Le budget consacre 6 milliards $ au «Principe de Jordan» sur six ans — afin de garantir que les enfants des Premières Nations bénéficient des soins de santé et du soutien social dont ils ont besoin — ainsi que 575 millions $ sur cinq ans à un programme similaire destiné aux Inuits.
L’alimentation dans le Nord
Le gouvernement fédéral prévoit également 610 millions $ sur quatre ans pour la subvention «Nutrition Nord Canada», destinée à compenser le coût élevé des denrées alimentaires dans le Nord.
Inuit Tapiriit Kanatami, l’organisation qui représente les Inuits au Canada, affirme que ce programme n’a pas réussi à améliorer la sécurité alimentaire ni à faire baisser les prix dans la région.
Alors que les Premières Nations et les Inuits bénéficient de mesures de financement ciblées dans le budget, ce n’est pas le cas des Métis, bien qu’ils aient fait pression sur le gouvernement pour obtenir des aides dans des domaines tels que le logement et les soins de santé.
La seule mention des Métis dans le budget concerne les 806 millions $ alloués sur cinq ans pour mettre en œuvre une loi sur la protection de l’enfance autochtone datant de l’ère Trudeau.
«Ce financement aidera les communautés autochtones à fournir du soutien et des services adaptés à la culture qui répondent mieux aux besoins des enfants, des jeunes et des familles», indique le document budgétaire.
Dans un communiqué, le Conseil national des Métis s’est dit déçu du manque de financement spécifiquement destiné aux Métis.
«L’absence de toute allocation budgétaire spécifiquement destinée aux Métis dans le budget 2026 confirme ce que les gouvernements métis ne cessent de souligner: sans un dialogue direct et significatif de gouvernement à gouvernement, les besoins des Métis seront négligés dans les décisions de financement fédérales», indique le communiqué.
Il précise que les communautés métisses ont des besoins en matière de santé, de préparation aux situations d’urgence et d’éducation, et que le gouvernement fédéral a ignoré leur demande de 4,4 milliards $ pour les infrastructures.
«Le budget de 2026 était l’occasion d’investir dans ces solutions, a indiqué la présidente Victoria Pruden. Malgré les engagements affichés du gouvernement envers les peuples autochtones et la réconciliation économique, les gouvernements métis sont traités comme une simple formalité plutôt que comme des partenaires dans l’avenir du Canada.»