Violence dans les écoles : « C’est très alarmant »

Carolane Beauregard | 27 octobre 2026 | 16:14
Par le dévoilement de ces statistiques, la FPSS-CSQ lance une campagne nationale de sensibilisation dans le but non seulement de sensibiliser, mais que de tels actes envers le personnel cessent. (Photo: Courtoisie)

Près de 30 000 gestes de violence envers le personnel de soutien scolaire ont été recensés pour l’année 2025-2026. Pour la même année, 568 gestes violents ont été comptabilisés dans les Centres de services scolaires (CSS) de l’Abitibi-Témiscamingue.

Pour la même année, le CSS du Lac-Témiscamingue dénombre 72 actes de violence en provenance des élèves et 2 de parents, comparativement à 11 actes violents d’élèves l’année précédente

Le CSS du Lac-Abitibi note 102 gestes de violence d’élève pour l’année scolaire 2025-2026.

Le CSS de l’Or-et-des-Bois n’a aucune donnée pour l’année scolaire 2025-2026. Les plus récentes données datent de l’année scolaire 2023-2024 où 72 situations violentes sont survenues, entièrement en provenance des élèves.

Le CSS Harricana dénombre un total de 130 gestes violents dont 129 provienne d’élèves et une situation d’un parent.

Le CSS de Rouyn-Noranda observe le plus grand nombre d’actes de violence dans ses établissements scolaires pour un total de 252 en provenance des élèves.

À l’échelle provinciale

Les plus récentes données provinciales démontrent une augmentation préoccupante des actes de violence envers le personnel de soutien scolaire. Pour l’année 2025-2026, 29 772 gestes de violences ont été recensés, comparativement à 15 178 en 2024-2025. Cela représente une augmentation d’environ 96 % en seulement un an.

Avant la pandémie, pour l’année 2018-2019, 2 589 gestes de violence ont été recensés.

« Ce que ces chiffres nous disent, c’est que la violence n’est plus un phénomène marginal dans nos écoles. Quand près de 30 000 gestes sont recensés en une seule année scolaire, il faut arrêter de banaliser la situation. Se faire frapper, menacer, harceler ou intimider ne doit jamais être considéré comme faisant partie du travail », souligne le président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), Éric Pronovost.

Près de 59 % des gestes violents sont dirigés envers les techniciens et techniciennes en éducation spécialisée (TES), les éducateurs et éducatrices en milieu scolaire (ÉMS), les préposés et préposées aux élèves handicapés (PEH) ainsi que les surveillants et surveillants d’élèves.

La FPSS-CSQ note que la violence physique demeure de loin la forme de violence la plus fréquemment signalée. La violence psychologique connaît également une forte progression bondissant de 57 (2018-2019) à 3 947 (2025-2026) cas.

« Ces données doivent toutefois être mises en contexte, puisque le nombre de CSS/CS ayant répondu est passé de 27 à 47. Même en tenant compte de cette variation, la tendance demeure préoccupante : le nombre moyen de gestes de violence par CSS/CS est passé de 95,9 à 633,4, soit une hausse d’environ 560 % », indique la Fédération du personnel de soutien scolaire.

Hausse marquée des absences

Selon les plus récentes données du ministère de l’Éducation nationale, entre 2020-2021 et 2024-2025, le nombre de personnes ayant eu recours à un arrêt de travail reconnu par la CNESST a augmenté de 58,7 %, passant de 2 580 à 4 095.

Les journées d’absences en lien avec la violence au travail ont presque doublé, passant de 76 285 à 152 022 jours, soit une hausse de 99,3 %.

Le vouvoiement et l’interdiction du cellulaire en classe ne sont pas des mesures qui vont empêcher les actes de violence, selon Éric Pronovost.(Photo : Nancy Gilbert – Photo d’archive)

Les journées d’absences pour maladies ont augmenté de 86,2 % s’établissant à 252 548 en 2024-2025, alors que les absences liées aux invalidités ont progressé de 38,6 % pour atteindre 529 258 jours.

« Quand on parle de pénurie de main-d’œuvre et qu’on regarde les chiffres au total. C’est énormément [de jours d’absences] dans un réseau qui souffre présentement d’attirer des gens. Nos gens ce qu’ils font… ils s’en vont en maladie parce qu’ils sont plus capables d’endurer cette violence-là », déplore le président.

La FPSS-CSQ est préoccupée quant à la surcharge de travail, au manque de personnel et à l’augmentation des situations de violence dans les établissements.

« Ces données doivent faire réagir les organismes scolaires et le ministère de l’Éducation nationale. Les absences liées aux accidents de travail, à la maladie et aux invalidités augmentent de façon importante, ajoute le président. Derrière ces chiffres se trouvent des milliers de travailleurs et travailleuses qui soutiennent les élèves chaque jour et qui sont de plus en plus à bout de souffle », tonne-t-il.

D’où provient cette violence ?

En 2025-2026, 21 742 gestes sont attribués à des élèves comparativement à 10 910 l’année précédente. Pour la même année, 205 gestes de parents ont été recensés 408 de collègues et 230 de supérieurs.

« Derrière chacun de ces chiffres, il y a un membre du personnel qui a vécu une situation qui aurait dû être évitée. Et derrière des gestes posés par des élèves, il y a aussi des besoins auxquels notre réseau aurait dû être capable de répondre », mentionne Éric Pronovost.

La violence, un tabou

Selon le plus récent sondage de la FPSS-CSQ, seulement 13 % des répondants affirment remplir un rapport d’incident lorsqu’elles sont victimes d’un geste violent. De nombreux membres du personnel indiquent renoncer à signaler l’événement parce qu’ils ont le sentiment que cela ne mène à aucun changement ou par crainte de représailles de la part de leur direction.

« Si seulement 13 % des victimes remplissent un rapport d’incident, les 29 772 gestes de violence déclarés ne représentent que vraisemblablement la pointe de l’iceberg de ce que subit réellement le personnel de soutien scolaire », regrette-t-il.

Quelles solutions sont possibles ?

Éric Pronovost estime qu’il faut miser sur le travail en amont. « Je pense qu’il faut aller chercher d’où partent ces situations-là » afin de trouver les solutions les plus adaptées.

Le vouvoiement et l’interdiction du cellulaire en classe ne sont pas des mesures qui vont empêcher les actes de violence, selon Éric Pronovost.

« Ça prend de l’argent. On éteint des feux constamment et quand il y en a un d’éteint, il y en a un autre qui reprend ailleurs. Ça prend davantage d’intervenants dans le milieu, note M. Pronovost. Il y a de plus en plus de besoins importants, beaucoup plus d’anxiété, de santé mentale et de situations difficiles dans nos écoles. »

« Il faut trouver des solutions de rendre l’école propice à l’apprentissage, saine et sécuritaire pour tout le monde », conclut le président.