Les chefs des Premières Nations vont débattre à Ottawa des grands projets

La Presse Canadienne | 14 juillet 2026 | 06:18
Le premier ministre Mark Carney serre la main de la cheffe nationale de l’APN, Cindy Woodhouse Nepinak, à l’issue de son discours prononcé lors de l’Assemblée spéciale des chefs de l’Assemblée des Premières Nations à Ottawa, le mardi 2 décembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld

Des centaines de chefs des Premières Nations se réunissent mardi à Ottawa à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de l’Assemblée des Premières Nations.

Au cours de ce rassemblement de trois jours, ils débattront de 53 résolutions distinctes. 

Parmi celles-ci figurent des résolutions concernant le programme de grands projets du gouvernement fédéral, la situation de la protection de l’enfance au sein des Premières Nations, le statut au titre de la Loi sur les Indiens, ainsi que des appels lancés au Vatican pour qu’il abroge une série de décrets papaux.

Les chefs assisteront également à des présentations sur la loi sur la qualité de l’eau des Premières Nations récemment déposée par le gouvernement, sur les consultations relatives au développement de grands projets, sur la réforme de la protection de l’enfance et sur une prochaine réunion des Premières Nations avec les premiers ministres provinciaux et le premier ministre Mark Carney.

La cheffe nationale Cindy Woodhouse Nepinak a constaté un vif intérêt pour cette réunion de la part des ministres fédéraux, des entreprises privées et des organisations environnementales.

«Les Premières Nations montrent la voie dans tous les domaines de la vie et dans toutes les régions de ce pays», a-t-elle indiqué lundi.

«Nous devons renforcer le Canada grâce à l’engagement de chacun en collaborant plus étroitement», a-t-elle ajouté.

L’Assemblée des Premières Nations est un organisme national de défense des intérêts qui reçoit ses orientations de quelque 630 chefs des Premières Nations par le biais d’assemblées spéciales et d’assemblées générales annuelles. 

Il ne s’agit pas d’une institution détentrice de droits, mais elle représente les chefs qui en sont titulaires.

La ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, la ministre des Relations entre la Couronne et les Autochtones, Rebecca Alty, le ministre des Ressources naturelles, Tim Hodgson, le ministre de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, et le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, devraient également assister à la réunion annuelle de cette semaine.

La question de l’eau potable

Mandy Gull-Masty a réintroduit cet été un projet de loi visant à garantir aux Premières Nations un accès fiable à l’eau potable dans leurs communautés.

Bien que ce projet de loi s’aligne largement sur un projet de loi qui n’avait pas été adopté sous le gouvernement du premier ministre Justin Trudeau, il supprime une formulation de l’ancien projet de loi qui aurait immédiatement reconnu aux Premières Nations le droit à l’eau potable et stipule à la place que le gouvernement œuvrera à la «réalisation progressive» de ce droit.

Une résolution proposée par le chef Roderick Gould Jr. de la Première Nation d’Abegweit appelle les chefs à exiger que le droit à l’eau potable soit inclus dans le nouveau projet de loi.

Une réunion des premiers ministres, que M. Carney avait promise aux chefs, est désormais prévue pour l’automne.

Mme Woodhouse Nepinak et ses prédécesseurs réclament depuis longtemps que les Premières Nations soient représentées lors de ces réunions. 

Ces appels se sont intensifiés l’année dernière, lorsque les gouvernements fédéral et provinciaux discutaient entre eux des moyens d’accélérer la mise en œuvre de grands projets d’infrastructure.

Mme Woodhouse Nepinak a qualifié l’exclusion des Premières Nations des réunions des premiers ministres de «très irrespectueuse».

«Les Premières Nations sont favorables à une croissance économique qui favorisera la prospérité collective du Canada au cours du siècle à venir, mais pas au détriment de nos droits ni des obligations légales de la Couronne envers notre peuple», a souligné Mme Woodhouse Nepinak lundi.

Elle a ajouté que la réunion avec M. Carney et les premiers ministres provinciaux constituerait un «test majeur» de la capacité du Canada à concilier croissance économique et droits des Premières Nations.

«Ces discussions vont-elles être faciles ? Absolument pas, a-t-elle ajouté. Nous n’allons pas résoudre les problèmes du Canada en un jour.»

Les chefs débattront d’une résolution appelant le pape Léon à abroger les bulles papales — décrets officiels du pape — qui, selon eux, ont servi à fournir une justification religieuse à l’esclavage et à la conquête des peuples autochtones à travers le monde.

En 2023, le Vatican a officiellement désavoué la controversée «doctrine de la découverte», qui avait servi de fondement aux revendications territoriales des Européens sur les Amériques. 

Le chef Dan Manuel, de la bande indienne d’Upper Nicola, souhaite que le Vatican aille plus loin en annulant d’autres décrets papaux qui ont servi de «plan directeur» à la colonisation.

Il a avancé que ces décrets étaient responsables de violations persistantes du droit international des droits de l’homme et appelle à la création d’un mémorial mondial destiné à archiver et à rendre hommage aux conséquences que ces décrets ont eues sur les peuples autochtones.

L’Assemblée des Premières Nations doit organiser une élection pour le poste de chef national l’année prochaine, le mandat de trois ans de Mme Woodhouse Nepinak arrivant à son terme.

Elle a fait savoir lundi qu’elle avait l’intention de se représenter. Aucun autre candidat n’a publiquement fait part de son intention de se présenter.