Les Premières Nations participeront à la réunion des premiers ministres cet automne

La Presse Canadienne | 14 juillet 2026 | 12:53
Le premier ministre Mark Carney serre la main de la cheffe nationale de l’APN, Cindy Woodhouse Nepinak, à l’issue de son discours prononcé lors de l’Assemblée spéciale des chefs de l’Assemblée des Premières Nations à Ottawa, le mardi 2 décembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld

La rencontre prévue entre les premiers ministres et les chefs autochtones de tout le pays a été difficile à obtenir, et elle ne doit pas rester la seule du genre, a déclaré mardi la cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations, Cindy Woodhouse Nepinak.

Dans son discours d’ouverture à l’assemblée générale annuelle de l’APN à Ottawa, Mme Woodhouse Nepinak a indiqué aux chefs que le cabinet du premier ministre avait confirmé que la réunion aurait lieu en octobre.

«Obtenir cette réunion n’a pas été facile. Et, d’une certaine manière, je n’y croirai pas tant que nous n’y serons pas», a-t-elle affirmé.

«Les chefs s’accordent à dire que cette réunion nationale ne doit pas être un événement ponctuel. Cela implique la mise en place d’un mécanisme permanent de responsabilisation fédéral-provincial afin de garantir que les disparités socio-économiques soient comblées par des actes plutôt que des paroles.»

Mme Woodhouse Nepinak et ses prédécesseurs réclament depuis longtemps que les Premières Nations soient représentées lors de ces réunions.Souvent, les dirigeants des organisations autochtones nationales, dont l’APN, sont invités à participer à une réunion parallèle avant ou après la rencontre entre le premier ministre du Canada et les premiers ministres provinciaux.

Mais aucune réunion de plus grande envergure, à laquelle seraient conviés les chefs de chaque Première Nation, n’a encore eu lieu. Le premier ministre Mark Carney a promis, dans son discours prononcé en décembre devant l’assemblée spéciale des chefs de l’APN, qu’il convoquerait une telle réunion dans le courant de cette année. L’ordre du jour et la liste des participants font encore l’objet de discussions.

L’organisation de cette réunion a lieu alors que de nombreuses Premières Nations expriment des inquiétudes concernant le programme de grands projets de M. Carney et la consultation de leurs communautés. 

Cesappels se sont intensifiés l’année dernière, lorsque les gouvernements fédéral et provinciaux discutaient entre eux des moyens d’accélérer la mise en œuvre de grands projets d’infrastructure.

Mme Woodhouse Nepinak a qualifié l’exclusion des Premières Nations des réunions des premiers ministres de «très irrespectueuse».

«Les Premières Nations sont favorables à une croissance économique qui favorisera la prospérité collective du Canada au cours du siècle à venir, mais pas au détriment de nos droits ni des obligations légales de la Couronne envers notre peuple», a souligné Mme Woodhouse Nepinak lundi.

Elle a ajouté que la réunion avec M. Carney et les premiers ministres provinciaux constituerait un «test majeur» de la capacité du Canada à concilier croissance économique et droits des Premières Nations.

«Ces discussions vont-elles être faciles? Absolument pas, a-t-elle ajouté. Nous n’allons pas résoudre les problèmes du Canada en un jour.»

Une longue liste de résolutions

Son discours a marqué l’ouverture de la réunion estivale de 3 jours des chefs de l’APN, au cours de laquelle 53 résolutions seront débattues.

Parmi celles-ci figurent des résolutions concernant le programme de grands projets du gouvernement fédéral, la situation de la protection de l’enfance au sein des Premières Nations, le statut au titre de la Loi sur les Indiens, ainsi que des appels lancés au Vatican pour qu’il abroge une série de décrets papaux.

Les chefs assisteront également à des présentations sur la loi sur la qualité de l’eau des Premières Nations récemment déposée par le gouvernement, sur les consultations relatives au développement de grands projets et sur la réforme de la protection de l’enfance.

L’Assemblée des Premières Nations est un organisme national de défense des intérêts qui reçoit ses orientations de quelque 630 chefs des Premières Nations par le biais d’assemblées spéciales et d’assemblées générales annuelles.

Il ne s’agit pas d’une institution détentrice de droits, mais elle représente les chefs qui en sont titulaires.

La ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, la ministre des Relations entre la Couronne et les Autochtones, Rebecca Alty, le ministre des Ressources naturelles, Tim Hodgson, le ministre de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, et le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, devraient également assister à la réunion annuelle de cette semaine.

Mandy Gull-Masty a réintroduit cet été un projet de loi visant à garantir aux Premières Nations un accès fiable à l’eau potable dans leurs communautés.

Bien que ce projet de loi s’aligne largement sur un projet de loi qui n’avait pas été adopté sous le gouvernement du premier ministre Justin Trudeau, il supprime une formulation de l’ancien projet de loi qui aurait immédiatement reconnu aux Premières Nations le droit à l’eau potable et stipule à la place que le gouvernement œuvrera à la «réalisation progressive» de ce droit.

Une résolution proposée par le chef Roderick Gould Jr. de la Première Nation d’Abegweit appelle les chefs à exiger que le droit à l’eau potable soit inclus dans le nouveau projet de loi.

Les chefs débattront d’une résolution appelant le pape Léon à abroger les bulles papales — décrets officiels du pape — qui, selon eux, ont servi à fournir une justification religieuse à l’esclavage et à la conquête des peuples autochtones à travers le monde.

En 2023, le Vatican a officiellement désavoué la controversée «doctrine de la découverte», qui avait servi de fondement aux revendications territoriales des Européens sur les Amériques. 

Le chef Dan Manuel, de la bande indienne d’Upper Nicola, souhaite que le Vatican aille plus loin en annulant d’autres décrets papaux qui ont servi de «plan directeur» à la colonisation.

Il a avancé que ces décrets étaient responsables de violations persistantes du droit international des droits de l’homme et appelle à la création d’un mémorial mondial destiné à archiver et à rendre hommage aux conséquences que ces décrets ont eues sur les peuples autochtones.

Maintenir l’unité canadienne

Le référendum en Alberta occupe également une place à l’ordre du jour. Mme Woodhouse Nepinak a déclaré que les Premières Nations ont toujours défendu le Canada et qu’elles continuent de le faire aujourd’hui en s’opposant au mouvement séparatiste albertain.

«La Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale, l’Afghanistan, la pandémie, et maintenant la sécession», a énuméré Mme Woodhouse Nepinak devant plusieurs centaines de chefs.

«Nous avons clairement indiqué que toute proposition visant à faire sécession d’une province ou d’un territoire du Canada est fondamentalement illégitime et inconstitutionnelle sans le consentement explicite, préalable, éclairé et collectif des Premières Nations.

«Nous devons appeler les choses par leur nom, car les Albertains doivent savoir que s’ils votent en faveur de la sécession du Canada, ils ne pourront pas emporter les terres avec eux.»

L’Assemblée des Premières Nations doit organiser une élection pour le poste de chef national l’année prochaine, le mandat de trois ans de Mme Woodhouse Nepinak arrivant à son terme.

Elle a fait savoir lundi qu’elle avait l’intention de se représenter. Aucun autre candidat n’a publiquement fait part de son intention de se présenter.