L’achalandage des banques alimentaires continue d’augmenter au Québec
Le nombre de demandes répondues par les banques alimentaires a augmenté de 44 % en cinq ans. Une banque alimentaire photographiée à Montréal le mercredi 27 janvier 2021. LA PRESSE CANADIENNE//Paul Chiasson L’achalandage dans les banques alimentaires québécoises va de record en record, alors que près de 600 000 personnes les fréquentent chaque mois.
C’est le portrait qui se dégage du Bilan-Faim 2026 des Banques alimentaires du Québec (BAQ), publié mercredi.
Les 1400 organismes communautaires de son réseau ont répondu à 3,27 millions de demandes par mois, selon le rapport. C’est une augmentation de 4,8 % par rapport à l’an dernier.
Depuis l’épisode de forte inflation alimentaire durant la pandémie, la situation se détériore d’année en année. Le nombre de demandes répondues a augmenté de 44 % en cinq ans.
«Les besoins demeurent vraiment à un niveau qui est historiquement élevé, souligne le directeur général des BAQ, Alexandre Lebel, en entrevue. Il y a beaucoup trop de personnes qui doivent encore se tourner vers l’aide alimentaire.»
«C’est vraiment le coût de la vie qui a un impact sur l’ensemble des familles au Québec», explique M. Lebel.
Pour les 40 % des ménages québécois les moins nantis, leur pouvoir d’achat n’a pas suivi la hausse du coût de la vie entre 2022 et 2025, selon une analyse récente de l’Institut du Québec (IDQ).
Quand l’inflation joue contre nous, il est difficile de se sortir d’une situation financière difficile, abonde la directrice générale de Moisson Montréal, Chantal Vézina, dans une entrevue distincte.
«Comme on le sait tous, le coût de la vie est quand même dispendieux, indique-t-elle. Les loyers, les frais pour se déplacer, les coûts augmentent constamment.»
«Malheureusement, l’alimentation est une dépense compressible et les gens vont tout faire, bien sûr, pour ne pas se retrouver à la rue», ajoute-t-elle.
Les besoins sont particulièrement grands dans la métropole, souligne Mme Vézina. Moisson Montréal répond à 1,26 million de demandes mensuellement, une augmentation de 14 % par rapport à l’an dernier.
Près de 45 % des personnes aidées sont à Montréal, bien que la ville ne représente que 24 % de la population.
Travailler ne suffit pas
Avoir un emploi n’est pas une garantie qu’on sera capable de mettre suffisamment de pain sur la table, souligne M. Lebel. Parmi les ménages aidés en 2026, près du quart (23,4 %) tirent la majorité de leurs revenus d’un emploi.
«Le fait d’avoir un emploi ne va pas nécessairement te protéger d’être en situation d’insécurité alimentaire, déplore M. Lebel. Donc, c’est quand même assez frappant.»
Les enfants n’échappent pas non plus à l’insécurité alimentaire. Ils représentent le tiers des bénéficiaires (33,5 %), souligne M. Lebel.
Devant l’ampleur des besoins, les banques alimentaires ne parviennent pas à répondre à toutes les demandes. «À peu près 13 % (des organismes) ont mentionné qu’ils auraient refusé certaines personnes, répond M. Lebel. Ça reste relativement très rare.»
À Montréal, un organisme sur deux a déjà réduit les paniers pour aider le plus de personnes possible. Un sur quatre a dû refuser des personnes.
Une décision déchirante pour les travailleurs communautaires et les bénévoles qui veulent venir en aide aux plus démunis. «Être obligé de refuser quelqu’une ou de le référer à un autre organisme parce qu’eux n’en ont pas suffisamment (de denrées), illustre Mme Vézina. Je pense que c’est la plus grande difficulté.»
La situation va-t-elle continuer de se détériorer? En réponse, M. Lebel cite une analyse de la firme Aviseo réalisée à la demande des BAQ.
La firme anticipait que le nombre de demandes répondues grimperait à 3,9 millions en 2028, selon l’analyse réalisée en janvier dernier. «Tout dépendant des initiatives gouvernementales qui seront faites dans les prochains mois, prochaines années, répond-il. Pour l’instant, nous, on ne prévoit pas de diminution.»