Trump réplique en retirant des produits canadiens des marchés publics
Un véhicule approche de la frontière américaine à Saint-Bernard-de-Lacolle, au Québec, le 21 juillet 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov Le président américain Donald Trump a signé de nouveaux décrets mardi, intensifiant la riposte américaine aux droits de douane imposés plus tôt par le Canada aux États-Unis.
Les cinq décrets, qui doivent entrer en vigueur plus tard dans le mois, bloqueront entièrement l’importation de certains biens canadiens, tels que les motos, certains produits laitiers et des boissons alcoolisées.
Ces décrets surviennent après l’entrée en vigueur juste après minuit, mardi, des droits de douane imposés par Ottawa en réponse de ceux de 50 % des États-Unis.
Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a écrit dans un communiqué mardi que cette décision était une «conséquence naturelle» du traitement «discriminatoire» de la part du Canada pour les exportations américaines.
«Après des semaines de bonne foi et d’efforts intensifs entre les négociateurs des États-Unis et du Canada, le Canada a abandonné un accord commercial quasi final qui lui offrait un meilleur traitement que n’importe quel autre partenaire commercial, mais le Canada a préféré s’embarquer dans une riposte insensée à l’encontre des États-Unis», a indiqué M. Greer.
«Le président Trump va continuer de mettre à profit les outils qui lui sont offerts pour défendre les intérêts des travailleurs et exportateurs américains et restaurer la réciprocité dans nos relations commerciales bilatérales.»
Plus tôt mardi, le premier ministre Mark Carney a averti que le choix du Canada de prendre ses distances avec les États-Unis ne se fera pas sans prix, mais que la voie alternative serait bien pire.
«Nous ne pouvions pas accepter ce qu’ils proposaient. Nous n’allions pas céder à ce qu’ils demandaient. En conséquence, les États-Unis ont imposé de nouveaux droits de douane destinés à nous nuire et à nous diviser», a expliqué le premier ministre la semaine dernière, ajoutant que les Canadiens veilleront toujours les uns sur les autres.
«C’est une erreur de calcul, car nous avons tout ce qu’il faut pour bâtir le pays que nous voulons. Nous avons les réserves, nous avons la résilience, et nous avons le bon plan.»
Depuis l’échec des négociations, Donald Trump a pris le Canada pour cible presque quotidiennement, mais ces nouveaux décrets signalent que la guerre commerciale entre les deux pays peut encore s’empirer.
Le président américain avait invoqué l’article 338 d’une loi américaine sur les droits de douane de 1930 pour justifier d’en imposer au Canada à la hauteur de 50 %, accusant le pays d’être injuste envers les États-Unis.
Il avait pointé du doigt les interdictions provinciales d’importer de l’alcool américain, des quotas sur certains véhicules américains, deux mesures mises en place en réponse aux droits de douane initiaux du président, ainsi qu’au système de gestion de l’offre de l’industrie laitière canadienne.
La Maison-Blanche avait affirmé que l’article 338 permettait aux États-Unis d’imposer des droits de douane de 50 % quand un pays plaçait les exportateurs américains en désavantage par rapport à ceux d’autres pays, même si la loi n’a jamais été utilisée à ces fins.
Le président a prétendu que le Canada n’avait jamais cessé de discriminer les États-Unis dans les secteurs automobile et laitier, et qu’il était justifié d’empêcher l’importation de certains produits, car ce serait «cohérents avec les intérêts des États-Unis et du public».
Pas de fournisseurs canadiens dans les appels d’offres américains
Donald Trump a aussi ordonné à l’agence fédérale responsable de superviser les marchés publics de retirer tous les produits d’origine canadienne de son «calendrier des attributions» après l’entrée en vigueur des droits de douane de rétorsion imposés par Ottawa.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, M. Trump a également soutenu que «le gouvernement canadien, y compris les provinces canadiennes, a interdit aux petites entreprises et aux sociétés américaines de vendre leurs produits sur leurs marchés publics».
Il a affirmé que «ce n’est pas de la réciprocité, c’est une arnaque commerciale de la part du Canada».
L’administration générale des services des États-Unis indique que ce calendrier des attributions représente des contrats à long terme pour l’ensemble du gouvernement négociant des prix fixes pour des biens et des services avec des fournisseurs précis.
Lorsqu’un ministère, une agence fédérale, les gouvernements d’états ou régionaux ont besoin de quelque chose, ils peuvent choisir de cette liste approuvée à des prix déjà fixés, et s’éviter de devoir lancer un processus d’appel d’offres.
Le ministre responsable du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, a indiqué que le gouvernement fédéral évaluait les dernières mesures américaines.
«Je suis en contact avec (le représentant américain au Commerce Jamieson Greer), a-t-il écrit sur X. Lorsque les États-Unis seront prêts à dialoguer, notre gouvernement travaillera de bonne foi et de manière constructive à l’établissement de relations commerciales plus sûres et mutuellement avantageuses, qui respectent pleinement la souveraineté canadienne.»
Le président américain semblait faire référence à la politique «Achetez canadien» d’Ottawa, lancée après que le locataire de la Maison-Blanche eut pris pour cible le Canada avec des droits de douane et des menaces d’annexion.
En septembre 2025, le Canada a adopté une nouvelle politique visant à prioriser les produits et les fournisseurs canadiens pour l’ensemble des dépenses fédérales, et exigeant des fournisseurs nationaux et étrangers qui travaillent sur des projets de construction et de défense d’utiliser de l’aluminium et du bois d’œuvre canadiens.
Certaines provinces ont aussi implanté des politiques similaires. La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a dit mardi que le gouvernement provincial redoublerait d’efforts pour prioriser les petites entreprises locales dans l’attribution de ses contrats et pour ses dépenses.
«Le Québec fait face à un intimidateur. Face à lui, on a deux choix. Soit on s’incline et on finit à genoux, soit on garde la tête haute et on se tient debout. Comme première ministre, je fais mon choix, je vais me tenir debout pour le Québec», a-t-elle dit.
Les États-Unis disposent eux aussi d’une politique «Buy America» qui donne la priorité aux achats nationaux dans des secteurs clés.
Le président démocrate Joe Biden avait implanté un éventail de mesures d’approvisionnement protectionnistes que son successeur, Donald Trump, a maintenu en place ou élargi.
Retour de la menace du 51e état
Quelques heures avant l’entrée en vigueur des nouveaux droits de douane canadiens, M. Trump y est allé de nouvelles diatribes contre le Canada sur les réseaux sociaux. Il a notamment partagé un dessin généré par intelligence artificielle le représentant en joueur de hockey, frappant M. Carney avec son bâton et lui criant: «Debout, gouverneur!» Il a aussi renommé par décret le lac Ontario en «lac de l’Amérique».
M. Trump a exprimé à plusieurs reprises son souhait de faire du Canada le 51e État américain, qualifiant autant M. Carney que son prédécesseur, Justin Trudeau, de «gouverneur».
Donald Trump a également menacé lundi d’empêcher le constructeur québécois Bombardier de vendre ses avions aux États-Unis, à moins qu’il ne les construise au sud de la frontière.
Dans un long communiqué, l’entreprise a réfuté l’idée selon laquelle elle ne le ferait pas actuellement, en énumérant des milliers d’emplois répartis sur plus de 20 sites à travers les États-Unis.
Le Secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a répété mardi que Donald Trump avait offert au Canada le meilleur accord, et dit être incertain de savoir pourquoi Mark Carney s’était retiré des négociations.
Il a dit au média de droit Breitbart News qu’il «allait voir s’il est possible de revenir en arrière», tout en minimisant les effets des droits de douane canadiens sur l’économie américaine.
«Si j’étais l’un de ces Canadiens, je ferais bien attention, car ils ont voulu les avantages d’être un état sans en être un, a dit M. Bessent. Maintenant que ces ententes se désagrègent, tout le monde va vouloir venir de notre côté.»