Droits de douane: Fréchette annonce deux programmes pour aider les entreprises
La première ministre Christine Fréchette commente l'échec des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis, à Montréal, le 22 août 2026. Le ministre des Finances, Eric Girard, est à ses côtés. LA PRESSE CANADIENNE/Graham Hughes Québec met en place deux nouveaux programmes destinés aux entreprises de la province afin de leur venir en aide à la suite de l’échec des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis, ainsi que l’imposition de droits de douane de 50 % sur plusieurs produits par le président Donald Trump.
La première ministre Christine Fréchette en a fait l’annonce samedi midi, peu après une rencontre avec ses ministres.
«Trump s’attaque directement à notre sécurité économique», a affirmé d’emblée Mme Fréchette. Elle a rapporté que les nouveaux droits de douane touchent 7,7 milliards $ d’exportations québécoises, ce qui représente plus de 9 % des exportations québécoises vers les États-Unis.
«C’est colossal, a soutenu Mme Fréchette. Des entreprises nous ont confié déjà avoir commencé à perdre des contrats depuis cette nouvelle menace tarifaire en juillet. Certaines vont devoir ralentir leur production. Il y a des travailleurs qui vont peut-être voir leurs heures être réduites, d’autres risquent de perdre leur emploi.»
Les entreprises pourront faire une demande aux deux nouveaux programmes dès la semaine prochaine. Le premier s’adresse aux petites et moyennes entreprises ayant un chiffre d’affaires entre un et deux millions de dollars.
Le second programme concerne les entreprises ayant un chiffre d’affaires de plus de deux millions de dollars et dont les revenus sont considérablement réduits par des tarifs douaniers américains de 25 % et plus sur les exportations canadiennes. Le Fonds offensif pour le renforcement des capacités économiques (FORCE) offrira des aides financières sous la forme de prêts avec un moratoire de remboursement du capital allant jusqu’à 24 mois. Le FORCE propose aussi un congé d’intérêts pendant la première année.
Les demandes pour ce programme pourront être acheminées à Investissement Québec dès lundi.
Le Programme d’aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises (PAUPME), pour les entreprises ayant un chiffre d’affaires entre un et deux millions, sera plutôt géré par les municipalités régionales de comté. Les entreprises exportatrices aux États-Unis dont les produits sont visés par les droits de douane, ainsi que les fournisseurs et les sous-traitants seront admissibles à cette aide. Ces entreprises pourront recevoir un prêt pouvant atteindre 150 000 $.
«On va être complémentaire aux mesures d’aide que le gouvernement fédéral doit annoncer», a indiqué le ministre de l’Économie, Bernard Drainville, présent aux côtés de Mme Fréchette lors de la conférence de presse de samedi midi.
Après la conférence de presse, Mme Fréchette s’est entretenue virtuellement avec le premier ministre du Canada, Mark Carney, et ses homologues des autres provinces. Elle avait dit avoir l’intention de souligner à M. Carney l’importance de protéger les entreprises et les travailleurs.
«C’est le gouvernement fédéral qui a mené cette négociation, et c’est lui qui doit être au rendez-vous pour soutenir les entreprises et les travailleurs», a souligné Mme Fréchette.
La première ministre souhaitait également aborder avec M. Carney la question des représailles qui pourraient être imposées aux États-Unis, car elles peuvent représenter un impact négatif sur les entreprises. «Il va être important d’adopter des mesures qui maximiseront l’impact sur les Américains, mais qui minimiseront les impacts sur nos entreprises», a-t-elle affirmé.
Mme Fréchette a souligné qu’elle ne remettrait pas les produits américains sur les tablettes de la SAQ et que Québec continuerait de pénaliser les entreprises américaines dans les appels d’offres.
Elle a indiqué qu’elle a convoqué le milieu économique, le milieu agricole, les syndicats et les institutions financières afin de discuter de ces droits de douane. Elle a confirmé avoir rencontré ces différentes organisations plus tard dans la journée.
Mme Fréchette a également lancé un appel à une rencontre avec les autres partis politiques, soulignant qu’il est «temps de se serrer les coudes». Ils ont tous accepté.
La première ministre a indiqué vers 16 h samedi s’être bien entretenue avec ces trois derniers chefs de parti et le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard.
«Je nous sais tous sur la même longueur d’onde, notamment quant à notre volonté de protéger notre culture et notre langue officielle, le français. Je les remercie pour leur collaboration et leur engagement envers les Québécois. Je les ai invités à partager ce qu’ils entendent sur le terrain, notamment quant aux besoins et aux demandes des entreprises et des régions», a détaillé Mme Fréchette dans une publication sur les réseaux sociaux.
Au terme de la rencontre, M. Milliard a déclaré avoir offert sa pleine collaboration à la première ministre, mais il a ajouté être ressorti de cette rencontre «encore plus préoccupé» qu’à son arrivée.
«J’aurais souhaité que cette rencontre nous permette d’aller plus loin. Malheureusement, on s’est essentiellement contenté de nous répéter des informations déjà rendues publiques lors des conférences de presse plus tôt [samedi], a-t-il commenté. Cela me donne davantage l’impression d’un exercice de relations publiques que d’une réelle volonté de travailler ensemble face à la crise.
M. Milliard a soutenu que les programmes d’aide annoncés «ne suffiraient pas à sauver les entreprises les plus durement touchées».
M. St-Pierre Plamondon a joué la carte de la prudence, affirmant que la rencontre avait principalement porté sur les programmes d’aide immédiate aux entreprises qui ont été annoncés. «Nous allons étudier la teneur de ces programmes au cours des prochaines heures», a-t-il fait savoir.
La porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a relaté avoir demandé que les programmes d’aide aux entreprises soient assortis de garanties de maintien d’emploi. «Je suis en attente d’une réponse. Pour moi, c’est évident que les travailleurs et les travailleuses qui font rouler nos entreprises et nos usines soient au cœur des solutions mises de l’avant.»
Le chef du Parti conservateur, Éric Duhaime, a dit être demeuré sur son appétit, puisque la première ministre a essentiellement répété ce qu’elle avait déjà annoncé plus tôt. «J’en ai toutefois profité pour l’interpeller sur les barrières interprovinciales au commerce et l’inviter à les suspendre afin d’accroître les échanges économiques au Canada», a-t-il mentionné.