Le riz exposerait davantage à l’arsenic que la fonderie Horne, selon une étude payée par Glencore
Photo: Deposit Photos L’alimentation serait davantage responsable de la présence d’arsenic chez les habitants de Rouyn-Noranda que la fonderie Horne, avance une étude financée par Glencore dévoilée mardi. Une experte consultée par Le Devoir remet toutefois en cause les choix méthodologiques du rapport.
L’étude de la firme Intrinsik, qui se base sur un programme volontaire de biosurveillance visant les employés de Glencore et leurs proches, affirme que les taux d’arsenic des participants étaient égaux ou inférieurs à la moyenne nationale canadienne.
Le rapport a analysé des échantillons d’urine et d’ongles de 245 personnes, en plus d’examens d’air et de sols.
Selon Elliot Sigal, vice-président et toxicologue principal d’Intrinsik, l’alimentation était la principale source d’exposition à l’arsenic des participants, et non les émissions de la fonderie Horne.
« La fonderie contribue à une petite quantité mesurable d’arsenic dans l’air, mais cette contribution demeure très mineure lorsqu’on compare aux sources alimentaires », a indiqué M. Sigal en conférence de presse mardi.
Le chercheur a notamment mentionné le riz, les fruits de mer et le poisson comme sources potentielles de contamination à cet élément potentiellement cancérigène.
Santé Canada spécifie sur son site Web que différentes formes chimiques d’arsenic sont présentes dans les aliments, mais que les concentrations dans les aliments vendus au pays sont faibles et varient peu depuis bon nombre d’années.
Les résultats d’Intrinsik contrastent fortement avec des études semblables réalisées sur la population de Rouyn-Noranda.
Des études de biosurveillance de la Direction de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue réalisées en 2018 et 2019 dans le quartier Notre-Dame, tout juste à côté de la fonderie, avaient démontré une présence d’arsenic près de quatre fois plus élevée chez les habitants des environs, comparativement à un groupe témoin.
En 2022, une étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) indiquait qu’entre 1 et 14 citoyens de Rouyn-Noranda développeraient un cancer sur un horizon de 70 ans si la concentration d’arsenic dans l’air ne diminuait pas.
Remises en question
Consultée par Le Devoir, Maryse Bouchard, professeure titulaire de santé environnementale à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), a apporté plusieurs bémols quant à la méthodologie utilisée par Intrinsik.
« Je vois un très grand nombre de problèmes avec la façon dont a été menée cette étude. Ce sont tous des problèmes qui tendent à masquer la contribution potentielle des émissions de la fonderie sur l’exposition [à l’arsenic] de la communauté », a-t-elle exprimé en entrevue.
La chercheuse déplore notamment le choix d’utiliser l’urine comme principal biomarqueur, plutôt que les ongles.
L’urine, précise Mme Bouchard, est plus susceptible de révéler la présence d’arsenic organique, présent dans l’alimentation mais moins toxique, que d’arsenic inorganique, élément cancérigène produit par certains procédés industriels. Les ongles, eux, permettent de mesurer une exposition à long terme à l’arsenic inorganique.
« Intrinsik a utilisé le biomarqueur le moins sensible à la contribution de la fonderie, puis a conclu que la fonderie ne contribue pas à l’exposition. C’est circulaire comme raisonnement », a souligné la professeure.
Maryse Bouchard note également certaines contradictions dans les recommandations d’Intrinsik pour diminuer son exposition à l’arsenic. La firme suggère notamment d’enlever ses chaussures à l’entrée de son domicile et de nettoyer ses planchers régulièrement.
« Intrinsik affirme d’un côté que l’alimentation explique l’exposition, mais d’un autre, ils soulignent que l’entrée de poussière extérieure dans la maison augmente significativement la présence d’arsenic. Ils ne posent pas la question d’où vient l’arsenic dans la poussière de plancher », a-t-elle indiqué.
En activité depuis 1927, la fonderie de cuivre bénéficie d’une permission spéciale de Québec pour émettre davantage d’arsenic que ne le permet la limite provinciale, fixée à trois nanogrammes par mètre cube (ng/m3).
Selon les derniers relevés, les émissions d’arsenic de la fonderie Horne ont augmenté en 2025 pour atteindre une moyenne de 40,9 ng/m3, soit 13,6 fois plus que la norme provinciale.
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.