Des groupes de femmes autochtones réclament un financement fédéral stable

La Presse Canadienne | 8 avril 2026 | 13:16
Une robe rouge solitaire, symbolisant la cause des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées, est accrochée à un arbre sur le sentier de la rivière Skye, à l'occasion de la Journée nationale des peuples autochtones, dans la Première Nation de We'koqma'q en Nouvelle-Écosse, le vendredi 21 juin 2024. LA PRESSE CANADIENNE/Darren Calabrese

Des défenseurs des droits réclament un financement fédéral stable et à long terme afin d’assurer la sécurité et la prospérité des femmes et des filles autochtones, avec une attention particulière portée aux grands projets de construction à l’échelle nationale.

Hilda Anderson-Pyrz, présidente du Cercle national des familles et des survivantes, affirme que des groupes comme le sien ignorent encore s’ils recevront un financement continu d’Ottawa, ce qui compromet les efforts déployés pour remédier à la crise des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées.

«Lorsque nous nous penchons sur la sécurité et la sûreté des femmes, des filles, des personnes bispirituelles et de genre divers autochtones, il est vraiment essentiel que les organisations qui accomplissent ce travail important — y compris dans une optique de prévention et de participation économique — reçoivent un financement à long terme, durable et équitable», a-t-elle déclaré.

«Elles souffrent d’un grave sous-financement. Il existe un réel déséquilibre des pouvoirs.»

Mme Anderson-Pyrz devrait se joindre mercredi à l’Association des femmes autochtones du Canada, à Les Femmes Michif Otipemisiwak, à Giganawenimaanaanig et à la députée néo-démocrate Leah Gazanpour une conférence de presse sur la colline du Parlement afin de réclamer le maintien du financement des programmes et des services de soutien.

Mme Anderson-Pyrz a déclaré à La Presse Canadienne que le gouvernement fédéral doit prendre des mesures concrètes pour protéger les femmes et les filles autochtones, d’autant plus qu’il accélère ses projets d’extraction de ressources et d’infrastructures susceptibles de les mettre en danger.

Amnistie internationale a signalé que la consommation excessive d’alcool et de drogues chez les travailleurs saisonniers du secteur des ressources, conjuguée au prix élevé des logements et à la pénurie de services de garde d’enfants, peut mener à l’exploitation des femmes et des filles autochtones et rendre plus difficile pour elles de quitter des relations abusives.

Un rapport récent rédigé par l’Association des femmes autochtones de l’Ontario, à l’intention du Comité des droits de l’homme des Nations unies, indique que les systèmes judiciaires et sociaux du Canada continuent de manquer à leurs obligations envers les femmes et les filles autochtones.

«Nos vies continuent d’être dévalorisées et notre sécurité bafouée par les gouvernements et par les systèmes mêmes censés protéger la population de ce pays, indique le document. L’inaction persistante du Canada constitue une forme de discrimination systémique et de violence structurelle à l’encontre des femmes autochtones.»

Une enquête menée en 2019 sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a conclu que les femmes autochtones sont 12 fois plus susceptibles de disparaître ou d’être assassinées que les femmes non autochtones.

Le rapport final s’appuie sur les témoignages de plus de 2380 survivantes, membres de la famille, experts et gardiens du savoir, réunis pendant deux ans pour étudier la crise et proposer des solutions.

Les proches ont expliqué à la commission d’enquête comment les traumatismes intergénérationnels et la pauvreté aggravent les menaces auxquelles sont confrontées les femmes et les filles autochtones, tandis que les gardiens du savoir ont décrit comment les femmes, à la suite de la colonisation, ont été écartées de leurs rôles traditionnels.

La commission a formulé 231 appels à l’action pour lutter contre ce qu’elle a qualifié de génocide.

Mais au cours des sept années qui ont suivi la publication de ce rapport, peu de progrès ont été réalisés dans la mise en œuvre de ces appels. Mme Anderson-Pyrz a affirmé que le problème ne ferait qu’empirer sans l’aide du gouvernement fédéral.

«Nous nous battons depuis des décennies pour faire entendre nos voix, pour que nos vies soient considérées comme importantes. Et c’est vraiment difficile d’y parvenir dans ce pays», a-t-elle déclaré.

«Et c’est finalement déchirant quand les gouvernements disent au monde entier que la vie des femmes, des filles, des personnes bispirituelles et de genre divers autochtones n’a pas vraiment d’importance; que nous devons nous battre pour obtenir des espaces où nos droits inhérents et nos droits humains sont respectés.»

Mme Gazan a souligné dans un communiqué de presse que les peuples autochtones risquaient déjà de se retrouver dans une situation encore plus difficile après les coupes prévues dans les budgets des ministères fédéraux chargés des affaires autochtones, et que des organisations comme celle de Mme Anderson-Pyrz avaient besoin de soutien pour «mettre fin une fois pour toutes à cette crise de la violence».