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Des frictions surgissent entre Drainville et Fréchette à propos de l’immigration
Les candidats à la direction de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette et Bernard Drainville, se serrent la main à l'issue d'un débat à Laval, au Québec, le samedi 28 mars 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Graham Hughes Sans grande surprise, des flammèches ont éclaté entre les deux candidats à la direction de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette et Bernard Drainville, sur l’immigration et la protection du français, lors de leur second et dernier débat de la course.
M. Drainville s’est présenté comme le candidat le plus apte à défendre l’identité québécoise et à adopter une politique migratoire plus stricte.
«Ce matin, on va parler de santé, de logement, d’éducation, mais on va parler aussi d’immigration, parce qu’il y a un lien, a-t-il lancé en ouverture. Le choix est le suivant: encore plus d’immigration ou est-ce qu’on protège les services publics?», a demandé le candidat aux membres de la CAQ présents au Château Royal, à Laval.
Plus tard, il a reproché à Mme Fréchette d’adopter des positions chancelantes sur l’immigration et la défense de la langue française.
Il a accusé Mme Fréchette d’avoir hésité à fermer le chemin Roxham lorsqu’elle était ministre de l’Immigration, en s’appuyant sur une citation de la députée de Sanguinet datant de 2023.
«Vraiment, on dépasse les bornes», a rétorqué Mme Fréchette, jugeant que cette citation était sortie de son contexte, ce qui a suscité l’indignation de la foule.
Sur la question du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), les aspirants chefs ont exprimé des réserves à l’égard de l’abolition du programme par le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, mais ne s’entendent pas sur la façon d’accommoder les «orphelins du PEQ».
Destiné aux étudiants internationaux et aux travailleurs étrangers temporaires, le PEQ offrait une voie rapide à la résidence permanente pour ceux qui avaient séjourné au Québec pendant un minimum deux ans et qui répondaient aux exigences linguistiques.
M. Drainville a suggéré d’octroyer une clause de droits acquis aux travailleurs temporaires dans les secteurs prioritaires, comme la santé ou encore l’éducation, pour que les dossiers de ces immigrants soient traités selon les critères du PEQ. S’appuyant sur des données du ministère de l’Immigration qui ne sont pas rendues publiques, il affirme que 18 000 immigrants temporaires pourront se prévaloir de cette mesure.
De son côté, Mme Fréchette a promis de raviver le programme entier pour une durée de deux ans, afin de faciliter la transition vers le Programme de sélection des travailleurs qualifiés.
Cette dernière n’a pas précisé le nombre de personnes qui obtiendraient la résidence permanente, malgré les demandes répétées de M. Drainville à ce sujet.
Elle a toutefois maintenu que le seuil d’immigration fixé par Québec à 45 000 immigrants permanents par année serait respecté.
L’ombre du PDG d’Air Canada, Michael Rousseau, a plané sur la fin du débat. Bernard Drainville, qui a réclamé la démission de M. Rousseau en raison d’un message de condoléances présenté uniquement en anglais, a reproché à sa rivale d’avoir fait preuve «d’hésitation» au moment de condamner le geste d’Air Canada.
«J’ai demandé le jour même que le conseil d’administration démette M. Rousseau de ses fonctions», s’est défendu Mme Fréchette.
En point de presse après le débat, elle s’est défendue d’être «une girouette», telle que dépeinte par son rival. «J’ai eu le sens de la décision, mais également de la prise d’action et surtout des résultats», a-t-elle déclaré, rappelant au passage que M. Drainville a brigué la direction du Parti québécois en 2025.
Logement et itinérance
Selon M. Drainville, l’une des principales causes de la crise de l’itinérance est «l’immigration massive» qui fait pression sur les marchés locatifs de la province.
Il s’appuie sur un rapport de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) qui fait état d’un taux d’inoccupation plus élevé dans la région métropolitaine de Montréal en 2025 en raison d’une diminution des résidents non permanents.
Ce même rapport précise également que l’augmentation de l’offre de logement est «principalement attribuable à l’achèvement de nombreux projets de construction neuve». Malgré la détente du marché locatif, les loyers, eux, ont continué d’augmenter, peut-on lire.
«En 2025, l’écart croissant entre la hausse des loyers et celle des revenus a accentué les enjeux d’abordabilité dans la grande région de Montréal», indique le rapport.
Mme Fréchette souhaite donner un coup de main aux jeunes Québécois qui aimeraient accéder à la propriété en remboursant la taxe de bienvenue pour les premiers acheteurs.
Le député de Lévis a le même objectif, mais lui, propose d’avancer aux premiers acheteurs jusqu’à 20 % du coût d’une propriété neuve. L’État récupérerait 20 % du prix à la revente, une mesure vertement critiquée par Mme Fréchette.
«Tu viens faire de l’argent sur le dos des jeunes propriétaires au bénéfice du gouvernement, wow! (…) Ça va faire des taux d’intérêt plus élevés que les banques pratiquement», s’est exclamé Mme Fréchette, invitant son adversaire à reculer sur sa proposition.
Mme Fréchette a profité du débat pour annoncer de nouvelles propositions.
Elle promet, entre autres, d’élargir l’application de la loi 101 pour y inclure les établissements de formation aux adultes et de formation professionnelle. Selon ses estimations, cette mesure va permettre à 10 000 personnes supplémentaires d’obtenir un diplôme en français par année.
En santé, elle «s’engage à offrir un million d’heures supplémentaires de soutien à domicile».
Nouveaux appuis
Avant que le débat ne commence, le député Lionel Carmant, qui avait claqué la porte de la CAQ, a donné son soutien à Christine Fréchette. Le député indépendant se dit prêt à réintégrer le parti si la candidate remporte la course.
«J’ai eu de longues discussions avec elle sur le système de santé et de services sociaux (…) et ça va dans le sens de mes idéaux», a expliqué M. Carmant en marge du débat.
M. Carmant avait quitté le parti en raison de désaccords sur la réforme du mode de rémunération des médecins spécialisés. Mme Fréchette a indiqué aux journalistes qu’elle ne lui avait fait aucune promesse concernant la réforme de rémunération des médecins spécialistes
Bernard Drainville, lui, a reçu l’appui de la direction des jeunes caquistes.
«Nous avons besoin d’un chef et d’un premier ministre qui n’a pas peur de prendre des décisions difficiles et qui a le courage de brasser les choses», peut-on lire dans une lettre publiée samedi dans le Journal de Montréal et signée par William Denis, président de la Relève de la CAQ et deux autres membres.
«Lors du dernier débat, nous avons vu en lui des qualités indéniables de débatteur: les idées sont claires, franches et exprimées avec aplomb», ont-ils écrit.
Un précédent débat, à saveur économique, a eu lieu la semaine dernière à Québec, lors duquel les candidats se sont exprimés sur les finances publiques, les infrastructures, le transport, les régions ainsi que les relations canadiennes et américaines.
Le nouveau chef de la CAQ, et prochain premier ministre du Québec, sera élu le 12 avril. Le parti compte un peu moins de 20 600 membres qui pourront participer au vote.
L’actuel chef du parti, François Legault, a confirmé qu’il resterait député de L’Assomption jusqu’aux prochaines élections générales.