Fonderie Horne: un «équilibre respectueux de l’acceptabilité sociale»

La Presse Canadienne | 26 mars 2026 | 18:19
La fonderie Horne, propriété de Glencore, est photographiée à Rouyn-Noranda, le 29 octobre 2022. LA PRESSE CANADIENNE/Stéphane Blais

Les nouvelles concessions accordées à la fonderie Horne de Rouyn-Noranda sur ses émissions polluantes incarnent un «équilibre respectueux de l’acceptabilité sociale», selon le gouvernement caquiste, malgré les mises en garde de la Direction de la santé publique.

Cette usine de la multinationale Glencore, un employeur important en Abitibi, a régulièrement fait les manchettes au cours des dernières années en raison de ses émissions d’arsenic, qui dépassent de loin les normes en vigueur au Québec, et en raison de ses demandes pour reporter les nouvelles exigences. 

Cette fois, un amendement à un projet de loi conduit à accorder de nouveaux sursis pour atteindre des cibles de réduction des émissions d’arsenic, mais aussi de plomb, de cadmium et d’autres métaux, comme l’a rapporté «La Presse» dans son édition de jeudi.

L’autorisation ministérielle actuelle, accordée de 2023 à 2028, serait repoussée jusqu’en 2033.

Le gouvernement sous-estime «le risque sanitaire réel dans un contexte environnemental unique au Québec», a écrit la Direction régionale de la santé publique.

«Glencore empoisonne les gens de Rouyn depuis des décennies, les gens là-bas doivent se battre pour respirer sans attraper le cancer», a dénoncé le député Sol Zanetti, de Québec solidaire (QS), à la période de questions. 

«Empoisonner les enfants et faire du chantage au gouvernement, c’est leur modèle d’affaires. (…) Est-ce qu’il va falloir faire venir au Parlement, devant les yeux des ministres caquistes, les enfants empoisonnés du quartier Notre-Dame (au centre-ville de Rouyn-Noranda) pour réveiller leur cœur et leur raison face au signe de piastre de Glencore?»

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a accusé QS de se livrer à un «discours de peur». Il a fait valoir que le gouvernement, depuis son arrivée au pouvoir en 2018, a resserré les normes et «c’est une diminution notable au fil des années qui s’observe».  

En mêlée de presse, le ministre de l’Économie et de l’Énergie, Jean Boulet, a pour sa part rappelé qu’il faut assurer le maintien de 600 emplois.

«Il faut trouver un juste équilibre, je pense qu’il a été trouvé», a-t-il plaidé.

«Je suis tout à fait convaincu que cet équilibre est respectueux de l’acceptabilité sociale. La Ville de Rouyn-Noranda a confirmé que c’était compatible et (la Direction de) la santé publique nationale.»

En 2023, le gouvernement Legault avait émis une autorisation ministérielle pour Glencore à Rouyn-Noranda. 

La fonderie devait atteindre une cible de 45 ng/m3 en 2024 et respecter un objectif de 15 ng/m3 à partir de 2027, soit la valeur repère de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), ce qui est néanmoins au-dessus du 3mg/m3 de la norme québécoise.

La fonderie devait aussi présenter un plan d’action visant à atteindre la norme québécoise.  

En juillet dernier, le directeur général pour la filière cuivre en Amérique du Nord de Glencore, Vincent Plante, avait indiqué que l’entreprise jugeait la cible de 3 ng/m3 «techniquement impossible» à atteindre.

En décembre dernier, le gouvernement était ouvert à accorder un délai supplémentaire de 18 mois à Glencore pour l’atteinte de ses cibles de réduction de l’arsenic, en échange de quoi l’entreprise s’engageait à investir les 300 millions $, selon ce qu’avait rapporté François Legault.

En février, Glencore avait laissé planer des menaces de fermeture de la fonderie. 

L’entreprise réclamait de l’aide financière du gouvernement et, en cas de refus, un sursis pour atteindre la moyenne annuelle maximale de 15 ng/m3 qui devait être exigée à partir de 2027.

Le gouvernement avait alors indiqué qu’il était prêt à accorder sept ans de prévisibilité réglementaire à Glencore, c’est-à-dire un engagement à ne pas changer les règles d’ici à 2033.  

La fonderie produit 210 000 tonnes de cuivre et de métaux précieux par an.

En février, M. Boulet avait souligné que la fonderie jouait un rôle «clé» dans la filière cuivre au Québec, qui emploie au total plus de 3000 personnes et qui comprend également l’affinerie CCR de Glencore, à Montréal-Est.