Québec relance le PEQ: entre 8000 et 12 000 candidats admissibles, peut-être plus
Le ministre de l'Immigration, François Bonnardel. Photo prise à Québec le 21 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot Tel que promis par Christine Fréchette, le gouvernement caquiste relance pour deux ans le PEQ, le Programme de l’expérience québécoise, un programme d’immigration accéléré très populaire qui avait été fermé dans la controverse en novembre 2025.
Entre 8000 et 12 000 personnes, peut-être même 14 000, se qualifieraient et il n’y aura pas de plafonnement, mais cela reste bien loin des 125 000 provenant des estimations précédentes du ministère de l’Immigration qui avaient circulé.
«C’était des prévisions à très haut niveau», a tenté d’expliquer le ministre de l’Immigration, François Bonnardel, en conférence de presse mercredi au parlement, alors que maintenant, le gouvernement est «plus précis» sur la période d’admissibilité au nouveau PEQ.
Est-ce que l’hypothèse de 125 000 est encore possible?
«Je ne peux pas répondre à ça. Je vous donne les prévisions du ministère, (mais) si on va à 15 000, 18 000, 19 000, on va travailler avec ça.»
Conçu comme une voie rapide en vue d’obtenir le Certificat de sélection du Québec (CSQ) et la résidence permanente pour deux catégories, les travailleurs étrangers temporaires et les étudiants étrangers diplômés du Québec, le PEQ avait été fermé en novembre 2025 afin d’être remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).
Cela avait suscité le désarroi chez plusieurs immigrants, en plus de provoquer un tollé dans le milieu des affaires, mais aussi dans les municipalités et régions qui comptent sur ces travailleurs et étudiants.
La première période de dépôt de candidatures sera destinée aux personnes qui répondaient aux conditions d’admissibilité au 19 novembre 2025, lorsque le programme a été fermé.
La période de dépôt des candidatures s’ouvrira le 2 juillet et s’étendra jusqu’au 31 octobre.
Une deuxième période de dépôt de candidatures suivra, mais pour la période postérieure au 19 novembre 2025 et avec des critères différents qui restent à déterminer.
Une prolongation du PEQ n’est pas écartée non plus sur une troisième année, dans l’éventualité où la demande dépasse la fourchette prévue par le gouvernement, a évoqué M. Bonnardel.
Car Québec veut s’assurer de respecter sa cible d’immigration et pourrait ainsi «lisser» la demande sur une année supplémentaire.
La cible du gouvernement Fréchette s’établit à 29 000 immigrants économiques, donc PEQ et PSTQ, 10 000 personnes en regroupement familial, et 6000 réfugiés, pour un total de 45 000 par an.
M. Bonnardel a laissé entendre que sur les 29 000, il pourrait donc y avoir 14 500 personnes admises selon le PEQ et 14 500 selon le PSTQ.
«Je ne suis pas dogmatique, on va s’ajuster selon le flux», a-t-il commenté.
Le ministre a refusé de dire que c’était une erreur d’abolir le PEQ, même si le gouvernement a été plongé par la suite dans une longue controverse et se trouve maintenant à le réactiver.
La faute à Ottawa
Quant à qualifier le bilan de son gouvernement en matière d’immigration, un enjeu qui a mis souvent la Coalition avenir Québec (CAQ) dans l’embarras depuis 2018, il a rétorqué que le gouvernement fédéral avait compliqué la tâche du Québec dans cette matière de compétence partagée.
Mais, a-t-il ajouté, «le fédéral a entendu nos récriminations», a-t-il ajouté.
«Il y a baisse (des personnes admises) dans le Programme (fédéral) de mobilité internationale, une baisse dans le Programme (fédéral) des travailleurs étrangers temporaires, et une baisse des demandeurs d’asile.»
Or pas plus tard que mardi à la période de questions, la première ministre Christine Fréchette a encore fait savoir que c’était insoutenable et qu’elle en avait encore parlé à son homologue fédéral Mark Carney il y a quelques jours.
«Arrivez-nous avec un mécanisme de répartition des demandeurs d’asile, question que ce ne soit plus le Québec qui assure cette responsabilité-là au nom du Canada, avait-elle dit. Ça n’a pas de sens. Ça crée une pression incroyable sur nos services, nos écoles. (…) On est actifs là-dessus, je ne vais pas lâcher le morceau. Il faut que ça change. (…) Il faut qu’il y ait une répartition des demandeurs d’asile, il faut qu’il y ait une compensation pour le Québec puis ne pas négocier à la va-comme-je-te-pousse une fois par année, quand ça lui tentera.»
Le gouvernement caquiste a régulièrement plaidé que l’afflux d’immigration au Québec était insoutenable pour les services publics et qu’il contribuait à accentuer la crise du logement.
Réactions positives
Mercredi en fin de journée, autant les syndicats comme la CSN que les regroupements d’affaires comme Manufacturiers et exportateurs du Québec ont salué la relance du PEQ.
Pour sa part, la présidente de la FIQ, Julie Bouchard, a déclaré que cette annonce constitue un signal positif pour les quelque 1200 professionnelles en soins touchées par l’abolition du PEQ.
Le député Guillaume Cliche-Rivard, de Québec solidaire (QS), avait déjà indiqué dans une motion que le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) avait permis la sélection de 5915 personnes en 2022, 9313 en 2023, 20 201 en 2024 et 18 532 au 31 octobre 2025.
Selon Statistique Canada, il y avait officiellement 514 039 résidents non permanents sur le territoire québécois au premier trimestre de 2026, une baisse d’environ 32 000 par rapport aux 546 000 du dernier trimestre de 2025.
Parmi les 514 039 résidents non permanents, il y avait 322 547 titulaires de permis de travail et/ou d’études et les membres de leur famille.
En Abitibi-Témiscamingue
La Coalition régionale en immigration accueille positivement l’annonce. Toutefois, la Coalition souligne que cette mesure à elle seule ne permettra pas de résoudre les enjeux liés à la pénurie de main-d’œuvre.
« Dans un contexte où la rareté de main-d’œuvre freine directement la croissance et même la pérennité de nombreuses entreprises en Abitibi-Témiscamingue, la réouverture du PEQ est une bonne nouvelle. Cependant, elle doit impérativement s’accompagner de mesures plus larges et adaptées aux réalités régionales. Sans une hausse des seuils d’immigration et sans mécanismes facilitant l’établissement durable des travailleurs et leur famille en région, nos entreprises continueront de faire face à des défis majeurs. Plus largement, c’est la capacité de l’Abitibi-Témiscamingue à relever ses défis démographiques, à maintenir des milieux de vie dynamiques et à assurer son développement à long terme qui est en cause » déclare Éric Beaupré, porte-parole des Chambres de commerce de l’Abitibi-Témiscamingue, par voie de communiqué.
La coalition rappelle que la vitalité économique, sociale et démographique de la région est étroitement liée à sa capacité d’attirer, de recruter et de retenir la population activement pour soutenir le développement, dans un contexte de vieillissement de la population et de faible croissance démographique.
En collaboration avec Carolane Beauregard