Dernière journée du premier ministre François Legault en Chambre

La Presse Canadienne | 2 avril 2026 | 09:22
Le premier ministre du Québec François Legault salue de la main alors qu'il participe à sa dernière période de questions à titre de premier ministre, le jeudi 2 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

François Legault a vécu ses derniers moments à titre de premier ministre à l’Assemblée nationale, jeudi.

Avant de prononcer son discours d’adieu, et de recevoir une pluie d’hommages de part et d’autre du Salon rouge, il a dû défendre son bilan en éducation devant l’opposition officielle.

Pour sa dernière question à M. Legault, le chef parlementaire du Parti libéral du Québec (PLQ), André Fortin, lui a rappelé le taux de décrochage, élevé, des élèves au secondaire et leurs piètres résultats en français.

Le premier ministre sortant s’est défendu, disant avoir augmenté durant son règne le salaire des enseignants, puis déployé des aides à la classe. Il a fait valoir que les améliorations en éducation se feraient sentir sur le «long terme».

Plus tard, dans un discours d’adieu d’une vingtaine de minutes, il a rappelé ses origines modestes et ses études supérieures qui lui ont permis de devenir homme d’affaires, de fonder Air Transat, puis de se lancer en politique.

«Il n’y a pas personne qui va douter que ma priorité, c’est l’éducation. L’éducation, c’est la clé pour grandir comme être humain, mais c’est aussi le plus grand moteur de développement individuel et collectif», a-t-il déclaré. 

Il a poursuivi, disant avoir trois messages pour la classe politique: l’État a un rôle important à jouer dans l’économie, on doit renverser le déclin du français, et ce, tout en gardant espoir, sans jamais céder au cynisme.

Répondant au chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, selon qui il est impossible de faire des gains à l’intérieur du Canada, M. Legault a cité l’entraîneur du Canadien de Montréal, Martin St-Louis: «Il faut prendre ce que la « game » te donne.»  

Au revoir émotif

Rires, larmes et longues embrassades: rarement avait-on vu autant d’émotion au Salon rouge.

En pleurs, le leader parlementaire du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, a parti le bal des hommages en remerciant François Legault d’avoir été «une figure rassurante dans les moments difficiles, un modèle de vaillance et de loyauté».

«Monsieur le premier ministre, au nom de votre famille politique, (…) j’ai l’honneur de vous dire merci d’avoir été là pleinement quand le Québec avait besoin d’être défendu avec clarté, cœur et ambition. Merci pour tout», a-t-il dit, la gorge nouée.

Ça se voit, François Legault «aime profondément le Québec», a déclaré M. St-Pierre Plamondon, lui-même ému par le discours de M. Jolin-Barrette. «Malgré nos désaccords, (…) jamais je n’ai douté une seule seconde de sa sincérité dans cet amour du Québec», a-t-il dit.

Mettant ses «gants de boxe» de côté, la cheffe parlementaire de Québec solidaire (QS), Ruba Ghazal, a abondé dans le même sens, qualifiant M. Legault d’«homme bienveillant qui aime son peuple».

«La politique, c’est dur, c’est ingrat, c’est imprévisible, donc faire ce travail-là, que peut-être peu de gens veulent faire, c’est tout à l’honneur de François Legault», a ajouté Mme Ghazal.

Pour sa gestion de la pandémie de COVID-19, «toute la nation québécoise vous est reconnaissante», a renchéri M. Fortin.

«Qu’on soit d’accord ou non avec les décisions qu’il a prises, (…) 28 ans de service public, ça vient avec des sacrifices personnels et familiaux importants», a-t-il souligné.

«Pendant une décennie, il a réussi à mettre fin à un débat qui a divisé le Québec profondément entre des « oui » et des « non », il a mis fin à la polarisation sur l’enjeu constitutionnel. C’est quelque chose qui m’inspire», a relevé pour sa part le chef conservateur Éric Duhaime.

Passer le flambeau

François Legault est le doyen de l’Assemblée nationale. Nommé ministre de l’Industrie par Lucien Bouchard en 1998, il a fondé la Coalition avenir Québec (CAQ) en 2011 et réalisé son rêve de devenir premier ministre en 2018.

Il a vécu une véritable histoire d’amour avec les Québécois à travers la pandémie de COVID-19 et jusqu’en 2023, lorsque son parti a commencé à cumuler les bourdes et sombrer dans les sondages. 

Le dernier sondage Léger réalisé pour Québecor et publié mardi suggère que la CAQ poursuit sa chute; elle obtiendrait 9 % des intentions de vote, loin derrière le PQ et le PLQ, qui sont à 33 %.

Les travaux parlementaires seront ajournés jeudi après-midi pour une semaine de relâche parlementaire. 

M. Legault cédera son poste soit à Christine Fréchette ou à Bernard Drainville le 12 avril à l’occasion d’un congrès du parti qui se tiendra à Drummondville. Il continuera toutefois de siéger comme député de L’Assomption jusqu’aux élections générales.