Fonderie Horne: pas question pour la CAQ de mettre de l’argent pour l’instant

La Presse Canadienne | 4 février 2026 | 13:19
Le ministre du Travail et de l'Économie, Jean Boulet, prend part à la période des questions à l'Assemblée nationale, à Québec, le 12 décembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot Jacques Boissinot

Pas question de sortir le chéquier pour la Fonderie Horne «pour l’instant», a laissé entendre mercredi le gouvernement Legault, qui répond aux menaces de fermeture de l’usine située à Rouyn-Noranda. 

La multinationale Glencore doit investir 300 millions $ pour se conformer aux nouvelles normes d’arsenic dans l’air, mais dans ses négociations, elle réclame des fonds au gouvernement pour ainsi partager le risque.

En cas de refus, elle souhaite un sursis supplémentaire pour l’atteinte de la norme de 15 ng/m3 exigée à partir de 2027.  

L’entreprise a laissé entendre que le gouvernement pouvait entraîner la fonderie sur la voie de la fermeture.

En mêlée de presse mercredi matin, le ministre de l’Économie, Jean Boulet, a évoqué que dans le contexte actuel, «il peut y avoir des stratégies de négociation» de Glencore.

«Pour l’instant, il n’est pas question de remettre de l’argent, il est question de rassurer la compagnie sur les investissements qu’elle doit faire. Ce qu’elle anticipe, c’est de la prévisibilité. C’est sur ce concept qu’on travaille.»

Il a assuré qu’«aucun scénario de fermeture» n’a été porté à sa connaissance.

«Il faut continuer les activités, il faut trouver un juste équilibre, respecter la santé de la population», a plaidé le ministre de l’Économie. 

Quant à savoir si Glencore est un bon citoyen corporatif, M. Boulet a été laconique: «Je ne m’exprimerai pas là-dessus.»

Il a souligné que la fonderie jouait un rôle «clé» dans la filière cuivre au Québec, qui emploie au total plus de 3000 personnes et qui comprend également l’affinerie CCR de Glencore, à Montréal-Est.  

De son côté, l’opposition officielle libérale a demandé mercredi la mise en place d’une cellule de crise pour résoudre l’impasse dans cette controverse sur la pollution de l’air dans la capitale de l’Abitibi qui dure maintenant depuis plusieurs années.

Ce comité devrait regrouper les représentants de la fonderie, du gouvernement, de la Ville de Rouyn-Noranda, la santé publique et les acteurs économiques et sociaux, a réclamé le chef libéral intérimaire, Marc Tanguay, en point de presse au parlement. 

Le Parti québécois a pour sa part dit non à une aide financière du gouvernement. La députée péquiste Catherine Gentilcore a rappelé que Glencore avait accepté de se conformer aux nouvelles normes.

«Le gouvernement doit négocier, mais ne pas céder. (…) Une grande multinationale comme Glencore y trouve son compte, je pense qu’ils font des sous, puis c’est une de leurs grandes usines, la Fonderie Horne.»

«On a une compagnie qui fait du chantage», a déploré le député Étienne Grandmont, de Québec solidaire.

«Glencore a fait des milliards de dollars de profits à travers le temps, elle est supposée être capable de trouver des solutions par elle-même pour atteindre les objectifs», a-t-il poursuivi en invitant le premier ministre François Legault à trouver une solution.  

En décembre dernier, le gouvernement était prêt à accorder un délai supplémentaire de 18 mois à Glencore pour l’atteinte de ses cibles de réduction de l’arsenic, en échange de quoi l’entreprise s’engageait à investir les 300 millions $, selon ce qu’avait rapporté le premier ministre Legault.

C’est que la fonderie dépasse de loin la norme annuelle de rejet d’arsenic de trois nanogrammes (ng) par mètre cube (m3), mais elle bénéficie d’ententes particulières avec le gouvernement.

Selon les données de l’entreprise, la concentration d’arsenic émis dans l’air en 2024 aurait atteint une moyenne de 39,1 ng/m3, en baisse par rapport à 73 ng/m3 en 2022.

En vertu de la plus récente autorisation ministérielle accordée par Québec en 2023, la fonderie devait atteindre une cible de 45 ng/m3 en 2024 et devra respecter un objectif de 15 ng/m3 à partir de 2027, soit la valeur repère de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

En 2023, le gouvernement avait également formulé de nouvelles exigences conformes au Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère (RAA) ainsi qu’aux recommandations de la Santé publique: il exigeait notamment que l’entreprise élabore un plan d’action visant à atteindre la norme du RAA, soit 3 ng/m3, un plan attendu au plus tard en 2027.

En juillet dernier, le directeur général pour la filière cuivre en Amérique du Nord de Glencore, Vincent Plante, avait indiqué que l’entreprise jugeait la cible de 3 ng/m3 «techniquement impossible» à atteindre.

La fonderie produit 210 000 tonnes de cuivre et de métaux précieux par an. Elle emploie plus de 600 personnes.