Glencore suspend des investissements cruciaux pour la Fonderie Horne

La Presse Canadienne | 3 février 2026 | 11:47

Glencore suspend des projets d’investissements, ce qui fait planer le doute sur l’avenir de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda et de son affinerie de Montréal-Est. 

Sans des investissements de 300 millions $ pour réduire ses émissions, la Fonderie Horne ne respecterait plus les normes environnementales gouvernementales à partir de mars 2027. Le gagne-pain de près de 1000 personnes est à risque. 

«La protection des emplois et la continuité des opérations sont au cœur des priorités de l’entreprise, mais les conditions ne sont pas réunies pour aller de l’avant à l’heure actuelle», a déclaré le chef des opérations des actifs métallurgiques chez Glencore, Marc Bédard, dans un communiqué mardi. 

Glencore a indiqué que «la situation devra être réévaluée au cours des prochains mois».

L’entreprise a affirmé qu’elle était prête à mettre 1 milliard $ sur la table pour moderniser ses installations, dont 300 millions $ pour abaisser ses émissions.

Avant d’aller de l’avant, Glencore voulait obtenir des garanties du gouvernement Legault, quant à ses obligations environnementales. 

L’entreprise voulait obtenir la certitude que le plafond d’émissions de 15 nanogrammes par mètre cube (ng/m3) ne serait pas abaissé. 

La Fonderie Horne a été au cœur d’un débat environnemental en raison de la quantité d’arsenic émise par ses activités.

Elle dépasse largement la norme annuelle concernant les rejets d’arsenic, qui est de 3 nanogrammes ng/m3, mais bénéficie d’ententes particulières avec le gouvernement du Québec.

En vertu de la plus récente autorisation ministérielle accordée par Québec, en 2023, la fonderie devait atteindre une cible de 45 ng/m3 en 2024 et devra respecter un objectif de 15 ng/m3 à partir de 2027.

Selon les données de l’entreprise, la concentration d’arsenic émis dans l’air en 2024 aurait atteint une moyenne de 39,1 ng/m3, en baisse par rapport à 73 ng/m3 en 2022.

En juillet dernier, le directeur général pour la filière cuivre en Amérique du Nord de Glencore, Vincent Plante, avait indiqué que l’entreprise jugeait la cible de 3 ng/m3 «techniquement impossible» à atteindre.

À une limite de 15 ng/m3, l’entreprise et le gouvernement auraient pu atteindre un compromis raisonnable, juge le directeur québécois des Métallos, Nicolas Lapierre, en entrevue. Le syndicat représente les travailleurs de l’affinerie montréalaise. «Le 15 nano, c’est une piste d’atterrissage qui était gagnante pour tout le monde, autant pour la fonderie que pour préserver la santé de la population.»

Encore une entente possible?

Québec et Ottawa doivent intervenir pour sauver l’avenir de Glencore, a plaidé le syndicat, qui représente les employés de la Fonderie Horne.

«Il va falloir que le gouvernement du Québec et du Canada bouge là-dedans, tu ne vas pas laisser justement ces emplois-là disparaître», a dit le président de la Fédération de l’industrie manufacturière associée à la CSN, Kevin Gagnon, en entrevue. 

Dans une déclaration, le cabinet du premier ministre Francois Legault a dit que son gouvernement avait le double objectif de protéger les emplois et l’environnement. 

Il a affirmé que le gouvernement avait fait «un pas considérable» en offrant de lancer le processus d’autorisation environnementale un an plus tôt. 

 «(Le gouvernement) s’attend maintenant à ce que l’entreprise procède elle-même aux investissements nécessaires, puisqu’elle disposera d’une visibilité rehaussée qui nuance le risque qu’elle encourt en poursuivant les travaux pour réduire ses émissions », a déclaré le cabinet du premier ministre. 

Au Parti libéral du Québec (PLQ), Charles Milliard, qui sera vraisemblablement le prochain chef, a accusé le gouvernement d’avoir «laissé la situation dégringoler». «Ça fait trop longtemps que le gouvernement fait la sourde oreille à la région, à la communauté et à nos travailleurs», a-t-il dénoncé sur le réseau social X. 

Chez Québec solidaire, on invite le gouvernement à ne pas faire de concession sur les normes environnementales. «Ce n’est pas la première fois qu’ils font un bras de fer, qu’ils essayent de faire plier les gouvernements sur les normes environnementales», a dit le co-porte-parole de Québec solidaire, Sol Zanetti, en conférence de presse à Québec. 

– Avec des informations de Stéphane Blais